Publié dans Romans

« Une place à prendre » de JK Rowling

S’il y a un livre que je voulais absolument lire, c’est bien celui-là !

Une place à prendre ?

Mais sérieux, quoi, la talentueusissime auteure d’Harry Potter qui sort un livre pour adultes ! Imagine ne serait-ce qu’une seconde que ce soit aussi génial que les aventures du petit sorcier… Je te raconte même pas les attentes démesurées que j’avais concernant ce bouquin.

Et c’est bien ça le problème. J’en ai commencé la lecture avec un état d’esprit un peu tronqué.

Et d’emblée, si j’ai reconnu le style fluide, l’écriture précise et concise de Rowling qui est toujours un délice, je me suis grave ennuyée.

Mais de quoi donc ça parle, au fait ? Voici le synopsis…

Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable.
Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie.

Donc voilà, Barry Fairbrother meurt d’un AVC devant le restaurant du golf de Pagford, petite bourgade bien bourgeoise de carte postale du sud-ouest de Londres.

D’entrée, je me suis crue dans un épisode de l’Inspecteur Barnaby, qui, selon l’auteur de l’article de Wikipédia (que je vais me contenter de recopier tellement il décrit bien la chose) figure « une Angleterre « authentique » bien qu’imaginaire, la peinture soigneuse d’une ruralité paisible sans immigration, piquetée de villages à conseils paroissiaux, avec kermesses et jeux d’autrefois, clubs patrimoniaux et reconstitutions historiques, et peuplés de personnages proprets et excentriques cachant de sourdes rivalités, des haines recuites, des jalousies féroces et des secrets terribles. »

Tu admettras que ça colle bien à la description de la 4ème de couverture.

Par contre, la « mort soudaine », ben c’est même pas un meurtre (oui, j’adore les meutres… gnark gnark gnark… dans les livres, hein…) Juste un mec qui meurt comme ça, dans le paisible Pagford, dont la tranquilité est toutefois menacée par la présence à deux encâblures de la petite ville de Yarvil, et surtout de sa cité peuplée de vilain wesh-wesh pas beaux, sales, feignants, voleurs, et surtout drogués qui vont chercher leur dose de méthadone à la clinique de désintoxication du coin, mais oh my God, quelle calamité !!!

Car voilà le noeud du problème : la cité et la clinique, bien qu’à Yarvil, sont administrées par la ville de Pagford via son conseil paroissial. Et la moitié des gens du conseil veulent se débarrasser des pauvres qui leur coûtent des sous sans rien apporter au village, alors que certaines bonnes âmes, dont Barry était le leader, veulent continuer à faire leur b.a. Barry étant mort, qui va prendre sa place au conseil paroissial, hein ?

Ben sérieux, on s’en fout un peu.

Je pense que le fait d’être française et non pas anglaise, de ne pas baigner dans cette ambiance de « communautés » comme dans la culture anglo-saxonne n’y est pas pour rien, même si l’esprit de clocher existe bel et ben chez nous, comme dans « Clochemerle« , le roman de Gabriel Chevallier où on se déchire à cause de la construction d’une pissotière, ou encore la chanson de Brassens « La ballade des gens qui sont nés quelque part ».

Tout comme tous ces prénoms anglais classiques (Barry, Miles, Andrew, Howard…) qui s’accumulent et qu’on finit par confondre, d’autant plus qu’on ne connait pas la « mode » des prénoms anglais (par exemple, en France, sauf cas exceptionnel, on ne pourra pas confondre un Roger avec un Kevin, une Clothilde avec une Brenda, prénoms qui sont connotés socialement, révélateurs d’une époque…)

Et surtout qu’il en y a, des personnages !!! Tout un microcosme gravitant autour du mort, des ados et leurs parents, que l’auteure nous présente lors des 200 premières pages. Des 200 longues, insipides et interminables premières pages…

… Au bout desquelles j’aurais laissé tombé ma lecture si je ne m’étais pas engagée à en faire la critique auprès de Price Minister qui m’a aimablement offert ce livre lors de son opération « Les Matchs de la Rentrée Littéraire« .

200 pages à faire connaissance avec les gens de cette communauté, durant lesquelles je n’ai pas réussi à éprouver une once de sympathie, et encore moins à m’identifier à l’un d’entre eux. Mais ce sont tous des cons ! Y’en a pas un de « normal » ! Tous des chiants, des torturés, des cinglés, des drogués, des faibles, des violents… Ca en est complètement caricatural. Du coup, je ne portais que bien peu d’intérêt à ce qui pourrait leur arriver…

Mais bon, je me suis dit qu’une écrivaine qui nous a pondu un univers totalement cohérent dans sa saga précédente ne pouvait pas en rester là.

Et effectivement, au bout de ces 200 pages, l’histoire décolle un peu, à la faveur de la scène de l’enterrement de Barry Fairbrother, scène agissant un peu comme une charnière articulant la 1ère et la 2ème partie du livre, où les « corbeaux », les pirates du site internet du Conseil Paroissial, font leur apparition.

Les choses deviennent alors plus intéressantes. On accède à l’intérieur de la petite tête de tous ces gens, on commence à les comprendre. Et petit à petit, je me suis légèrement attachée à certains adolescents de l’histoire (Krystal et Arf, surtout, et aussi Sukhvinder et Gaia), qui subissent la connerie des adultes. Il faut dire que JK Rowling possède un talent indéniable pour les décrire. Cela dit, la première fois qu’elle parle « bandaison chez les jeunes », ça fait quand même bizarre…

Par contre, les adultes… Pfff… Ben voilà, quoi, y’en a pas un que je pourrais fréquenter dans ma vie personnelle…

Puis l’histoire suit son cours, mais stagne après avoir décollé. Il faut attendre la charnière suivante, à savoir la soirée d’anniversaire du plus gros (dans tous les sens du terme) notable de Pagford pour que l’histoire s’envole enfin.

Cette dernière partie m’a beaucoup plus, la fin du roman est vraiment percutante et jette un nouvel éclairage sur les personnages.

En fait, pour résumer, ce roman est construit en 3 parties allant crescendo, éclairant les différents protagonistes sous un angle différent, laissant apercevoir toute la complexité de l’âme humaine.

1ère partie : du début à l’enterrement de Barry Fairbrother : on a un premier aspect « de surface » de la personnalité des personnages, avec une narration externe, l’auteure met ses billes en place.

→ note : 10/20, car cette partie est bien chiante…

2ème partie : de l’enterrement à la fête d’anniversaire de Howard Mollison (le gros du livre) (euh… je parle en terme de quantité de pages, hein, pas de Mollison, là !) (même si c’est vrai aussi !) : deuxième aspect de la personnalité des personnages, on pénètre dans leur tête grâce à une narration interne. Les « corbeaux »/pirates du site font leur apparition, l’histoire décolle enfin.

→ note : 13/20

3ème partie : de l’anniversaire d’Howard à la fin : troisième partie où tout décante, tout vole en éclats, où tout s’articule et où on comprend tout grâce à une narration omnisciente.

→ note 17/20

(attassion, je ne suis pas prof’ de français ni experte en littérature, hein, cette analyse, c’est surtout comme j’ai perçu les choses, je ne prétends pas détenir la vérité !)

Malheureusement, cette dernière partie ne suffit pas à effacer l’impression de chiantitude du reste du livre. Je n’ai pas vibré, je n’ai pas été émue, je n’ai jamais ricané, encore moins rigolé. Il faut dire aussi que je n’aime pas les livres où personne n’est heureux à part les cons, et où tous les personnages sont des esquintés de la vie. Ça m’énerve (comme dans le polar springsteenien « Quelque chose dans la nuit« ). J’aime bien quand les gens sont bien banals et que leur vie déraille tout à coup. La normalité rend alors le reste encore plus percutant.

C’est donc un roman inégal que nous a livré JK Rowling, mais toujours excellemment bien écrit, très facile et rapide à lire malgré ses 680 pages . Cela étant, je pense que l’ignorance du tissu socio-économique de l’Angleterre m’a pénalisée pour entrer dans l’histoire, tout comme les attentes démesurées que j’avais vis-à-vis de ce livre.

Par contre, je pense qu’il ferait une excellente mini-série télé, que je regarderai sans doute avec plaisir car elle serait forcément plus accessible.

Comme Price Minister nous l’a demandé afin de départager tous les livres participants à ces matchs de la rentrée littéraire, je vais lui octroyer une note, qui correspond à mon impression générale ainsi qu’à la moyenne des notes des trois parties du livre (déformation professionnelle !)

Et ce sera donc un 14/20.

PS : compte-tenu de l’importance de ce livre, j’ai été vraiment surprise d’y trouver une coquille (p 541, au début du chapitre 10 pour les curieux…) Quand même, quoi… D’ailleurs, si ça intéresse Grasset ou un autre éditeur, je veux bien d’un emploi de correctrice… !!!

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8 commentaires sur « « Une place à prendre » de JK Rowling »

  1. Dommage que tu sois passée au travers… Pour moi, c’est un coup de cœur ! Il ne va pas faire l’unanimité, c’est sûr, mais il va trouver son lectorat !
    Tu as tout ça sur ta 4e de couverture ? Je n’ai que ça : « Bienvenue à Pagford, petite bourgade en apparence idyllique. Un notable meurt. Sa place est à prendre… Comédie de mœurs, tragédie teintée d’humour noir, satire féroce de nos hypocrisies sociales et intimes, ce premier roman pour adultes révèle sous un jour inattendu un écrivain prodige. »

  2. Merde je voulias l’acheter… il est sorti en poche?? Sinon j’attendrai… par contre j’ai eu le dernier Grangé pour mon anniv… que du bonheur!! 🙂

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